Publié le 28 Avril 2015

Des voyages en bulles - Chroniques pas ordinaires d'un touriste

Découvrant il y a quelques semaines l'existence de "Touriste", je me ruais dès le premier jour de mon dernier passage en France dans ma librairie préférée pour me le procurer.

Sortie en mars dernier, j'y voyais là LA BD qui allait parfaitement coller avec la ligne de Face B. L'excitation est donc à son comble en feuilletant les premières pages.

C'est plein de poésie et des rêves plein la tête que j'ai refermé le bouquin quelques heures plus tard, littéralement dévoré page après page.

"Touriste" est une adaptation dessinée du bouquin éponyme retraçant les pérégrinations de Julien Blanc-Gras, un voyageur qui revendique son statut de touriste, celui d'observateur qui ne prétendra jamais trouver aucune solution aux différentes situations délicates qui vont se dresser sur sa route. Voyager pour le plaisir de découvrir le monde.

Pour la mise en bulles, c'est Mademoiselle Caroline qui s'y colle. Excellente blogueuse et dessinatrice confirmée, elle est l'auteure de plusieurs ouvrages marquants que vous retrouverez (entre autres chroniques) sur son blog qui ne manque pas d'humour.

Le dessin est un réel bonheur. Les couleurs acidulées frappent dès la couverture. Les pages intérieures nous transportent de part et d'autre de notre planète au gré de couleurs vives et douces à la fois. Le trait est parfois minimaliste mais toujours précis. J'ai particulièrement été frappé par la justesse des courbes du personnage dans ses positions et mouvements. On pourrait croire le dessin naïf, il est en fait totalement maîtrisé dans sa netteté. Le trait est plein de douceur et rend le voyage aussi agréable qu' un vol long-courrier en classe affaires sur un A380 d'une compagnie du Golfe. Les nombreuses séquences comiques sont rendues encore plus efficaces par la créativit´ de Mademoiselle Caroline qui ne manque pas d'imagination et de fantaisie.

Un voyage de 188 pages, tout en beauté, de Colombie au Mozambique, en passant par le Brésil, la Chine, l'Inde ou le Maroc. Le plein de rencontres et d'anecdotes. Le tout plein de considérations sur notre comportement en tant que touristes et de réflexions sur nos comportements occidentaux. Offrez-vous tout ceci pour un prix à peu près dix fois moins élevé qu'un simple Aller-Retour pour Marrakech !

J'ai également été personnellement marqué par la profondeur de certains passages dans "Touriste". Des citations qui trouveront un écho certain chez tout bon voyageur ou amoureux de notre Terre. Ainsi, on apprend notamment qu'il faudrait passer 150 jours dans chaque pays du monde pour envisager tous les visiter dans sa vie.

Alors, qu'attendez-vous ? Encore devant votre écran d'ordinateur ? Ne perdez pas un jour de plus, filez plutôt faire votre sac, et n'oubliez pas de vous munir de ce superbe ouvrage pour vos moments libres. Après tout, comme il est dit dans "Touriste", on ne fait que passer.

Pour vous procurer "Touriste", c'est ici.

Crédit Photos : Touriste, Editions Delcourt/Mirages, 2015

Pendant des années je me suis couché avec un GLOBE TERRESTRE.
Je conçois que cela puisse paraître étrange, les enfants ont d'ordinaire plutôt tendance à s'endormir avec des nounours.
En guise de doudou, j'avais adopté un ballon gonflable et translucide sur lequel était imprimée une carte du monde.
Je me glissais dans mon lit en serrant la planète, je me réveillais avec la terre comme HORIZON INITIAL.

"Touriste" - Julien Blanc-Gras, Mademoiselle Caroline

Des voyages en bulles - Chroniques pas ordinaires d'un touriste

Seul et sans contrainte, j'ai fréquenté un continent pendant des mois.
Je m'étais rendu compte au passage qu'un fleuve était encore plus beau que le tracé d'un fleuve.

"Touriste" - Julien Blanc-Gras, Mademoiselle Caroline

Des voyages en bulles - Chroniques pas ordinaires d'un touriste

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Rédigé par AdB

Publié dans #des voyages en bulles, #BD

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Publié le 25 Avril 2015

Rencontre avec Laetitia du fanzine franco-allemand Béton/Beton

Le 10 avril dernier, le fanzine franco-allemand Béton/Beton organisait une soirée pour la sortie de son deuxième numéro. À cette occasion, j'ai rencontré Laetitia, éditrice et coordinatrice de cette revue trimestrielle dédiée à la BD de part et d'autre du Rhin. L'Arlésienne aujourd'hui Berlinoise m'a notamment parlé de son parcours, de Béton et de la BD en Allemagne.

Face b - Qui es-tu Laetitia ?

Laetitia - Je vis depuis deux ans en Allemagne. Je suis originaire d'Arles dans le sud de la France, où j'ai suivi une formation dans les métiers de l'édition afin de devenir assistante d'édition. Ma culture BD ne m'a jamais quitté même si c'est quelque chose dont je n'avais pas forcément conscience. J'ai bien sûr lu dans mon enfance des classiques tels que Lucky Luke, Astérix, Tintin, Rahan ou encore Sylvain et Sylvette. Mais c'est grâce à la rencontre d'un bibliothécaire passionné et ouvert que j'ai découvert la BD indépendante, comme les bouquins de "L'Association" par exemple.

Je me suis donc naturellement orientée vers les maisons d'édition de BD, et par mes affinités, vers les maisons indé avec notamment les "éditions Même pas mal" à Marseille, dont j'aime le style irréverencieux.

Et puis c'est à la suite d'un programme d'échange franco-allemand pour professionnels du livre que je suis entrée en stage chez "avant-verlag" à Berlin. Ça m'a permis de nombreuses rencontres dans le milieu de la BD et m'a donné l'occasion d'y prendre part activement. L'ambiance de Berlin m'a plu, j'ai donc décidé de rester vivre ici.

Face b - Quels sont tes projets à Berlin :

Laetitia - J'essaye de faire ma place à Berlin. C'est exactement le bon moment pour faire ce genre de choses (la revue Béton). La BD est un milieu en plein développement. Des tas de choses sont à faire. Je participe notamment à l'organisation du festival berlinois Comicinvasion et au mois de juin, je me rends à Munich pour le festival BD.

Face b - Comment t'est venue l'idée du projet Béton ?

Laetitia - L'idée de Béton m'est venue l'an dernier lorsque j'ai participé à un stage organisé par le deutsch-französisches Forum Junger Kunst. Cet atelier de BD organisé à Leipzig était dirigé par Mawil et Yassine. 10 jours de BD intensive à apprendre des techniques, à créer des histoires avec publication d'un fanzine à la fin de l'atelier. J'ai adoré l'énergie qui se dégageait de cette expérience, le fait que ce soit bilingue et les échanges que cela amenait. J'ai donc eu envie de continuer et c'est ainsi que j'ai ramené l'idée de Beton à Berlin.

Face b - Et par la suite, comment s'est développé le projet ?

Laetitia - J'ai donc réuni mes connaissances, notamment de chez avant-Verlag et je leur ai proposé l'idée de ce fanzine bilingue. Ça a fonctionné, le premier numéro est sorti en janvier 2015 et Béton sortira tous les trois mois.

Face b - Comment se fait le choix du thème de chaque numéro ?

Laetitia - Le thème pour chaque numéro est tiré au hasard dans le dictionnaire. Le premier numéro portait sur le mensonge et le deuxième sur les vétérans. Tous les dessinateurs doivent développer autour du thème choisi et ça créé une cohérence mais permet aussi une vraie variété dans les styles et les points de vue.

Face b - Comment définirais-tu la ligne de Béton ?

Laetitia - Béton est avant tout destiné à créer un pont entre la BD française et la BD allemande. J'espère que ça permettra à de jeunes dessinateurs allemands de se faire connaître en France et vice versa. Certains des dessinateurs de Béton sont pro mais pas la majorité. Tous ces échanges rendent la chose vivante et c'est ce qui est important.

Face b - Qu'en est-il de la distribution du fanzine ?

Laetitia - Pour le moment, on peut compter sur le réseau des librairies berlinoises. Béton n'est pas encore distribué officiellement mais surtout de la main à la main. On a quelques dépôts à Paris, Toulouse et Arles grâce à des contacts. On aimerait toutefois rendre ça plus "pro", plus sérieux, sans perdre notre indépendance. Ça passera dans un premier temps par la constitution d'une asso. Ensuite, on avisera en fonction des demandes de nos lecteurs et des gens avec qui on bosse..

Face b - Comment imagines-tu l'avenir de Béton ?

Laetitia - Que Béton s'agrandisse et accueille toujours plus de dessinateurs motivés. Le numéro deux (paru en avril) compte déjà plus de pages que le premier. Il y en aura davantage encore dans le numéro trois. Il faut bien sûr tenir compte du format limité du fanzine mais pourquoi pas évoluer vers la couleur, et peut-être vers le format magazine ? On ne veut pas aller trop vite, on s'adaptera vraiment au rythme de notre réception auprès du lectorat. Il est important que Béton continue de permettre ce brassage culturel qui nous tient à cœur.

Face b - Tu nous parlais des dessinateurs allemands, qu'en est-il de la culture BD en Allemagne ?

Laetitia - Elle est moins développée qu'en France mais elle est en pleine évolution. Je dirais qu'on est ici dans une situation équivalente aux années 70-80 en France. Il y a plein de choses à faire ! Béton cherche à révéler le terreau artistique allemand aux Allemands eux-mêmes autant qu'aux Français, et à donner un aperçu de la scène indépendante française si riche aux Allemands, qui la connaissent mal. Il y a du potentiel en Allemagne : derrière des auteurs confirmés comme Mawil ou Reinhard Kleist pousse la jeune génération !

Face b - Un petit mot sur Raum B, cette librairie berlinoise qui nous accueille ce soir ?

Laetitia - Mon coup de coeur ! Les filles nous soutiennent depuis le début et j'espère qu'on continuera ensemble. Qu'on continuera à avoir un bon accueil auprès d'une majorité de gens, et qu'on pourra faire connaître autant de dessinateurs que possible.

Le prochain numéro de Béton/Beton sortira en Juin 2015.

Planches originales présentées à la soirée du 10 avrilPlanches originales présentées à la soirée du 10 avril

Planches originales présentées à la soirée du 10 avril

Rencontre avec Laetitia du fanzine franco-allemand Béton/Beton

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Rédigé par AdB

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Publié le 7 Avril 2015

Prora - Une cicatrice sur la Baltique
Prora - Une cicatrice sur la Baltique

Sur l'île de Rügen, la plus grande île d'Allemagne, à un petit peu plus de trois heures de route de la capitale, se dresse face à la mer un immense colosse de béton gris, austère et embarassant.

Long de plus de 4 kilomètres, ce complexe en partie abandonné se trouve sur la commune de Prora, dont le nom reste rattaché à un projet démesuré datant du IIIème Reich et qui évoque aujourd'hui une relique dérangeante pour la région.

Quelques années avant le début de la seconde guerre mondiale, le régime nazi conçoit le projet d'un immense complexe immobilier destiné à accueillir les vacanciers du Reich. 10 000 chambres avec vue sur mer, le tout donnant sur une immense plage de sable fin, longue de 5 kilomètres. À l’exposition universelle de Paris en 1937, l’ensemble des plans de Prora reçut le Grand Prix de l’Architecture.

La guerre éclate, le projet est momentanément abandonné. Il ne sera plus repris jusqu'à la prise de possession des lieux par l'armée rouge qui s'y installe. Vient ensuite l'armée de RDA qui y prend ses quartiers. Du nazisme au communisme, Prora n'accueillera donc jamais les vacanciers à qui le projet s'adressait initialement, destiné à satisfaire le peuple et conditionner les esprits.

En 2011 pourtant, une auberge de jeunesse, une des plus grandes d'Europe, ouvre ses portes au sein d'un des blocs restants de l'édifice entamé en 1936. L'iniative est saluée mais aussi vivement critiquée. L'idée est de ramener de la vie sur cette partie d'une côte baltique très touristique. Les opposants ne sont quant à eux pas à l'aise avec l'idée de cet héritage gênant devenant un lieu de villégiature. Le débat est donc virulent autour du réaménagement intégral ou de la démolition du complexe. Pourtant, depuis 1993, l'ensemble est classé au patrimoine allemand et ne peut donc pas être démoli.

L'impression sur place est très étrange. On ressent un vide. On arrive face à cette immense barre aux fenêtres délabrées, devant laquelle circulent gaiement vacanciers et familles à vélo. Le contraste est radical entre un bâtiment "mort" et la vie de ceux qui le traverse pour se rendre à la plage, ou font le chemin entre la gare de Prora et l'auberge de jeunesse dont la façade repeinte tranche avec le reste du lieu. On peut imaginer facilement le lieu en plein été, grouillant d'activité et empreint d'une ambiance festive. La première impression reste cependant déconcertante. La plage est magnifique mais comment ignorer cette cicatrice immense laissée sur le site ? Et si la meilleure option n'était justement pas de vivre avec cette cicatrice comme l'Allemagne le fait avec son histoire depuis 70 ans ?

Se réapproprier les endroits légués par les heures douloureuses de l'Histoire est une option à laquelle les allemands adhèrent. L'ancien aéroport de Tempelhof à Berlin, construit sous Hitler, en est un bel exemple : le lieu grouille de vie aujourd'hui, les berlinois y vont de leurs loisirs et les pelouses sont devenues un lieu privilégié pour familles et groupes d'amis les soirs d'été. La comparaison s'arrête toutefois là. Tempelhof reste lié à une partie plus "positive" de l'Histoire allemande, devenu par la suite l'aéroport américain permettant le réapprovisionnement de la partie ouest de la ville lors de sa séparation.

Prora ne jouit pas d'un quelconque aspect positif. Construit par les nazis, récupéré militairement par la RDA, il est temps aujourd'hui selon le mairie de la commune voisine de Binz, station balnéaire réputée depuis le XIXème siècle, d'y insuffler de la vie, de tourner la page et d'aménager cet héritage négatif vers un avenir positif.

Chacun se fera son propre avis et les générations futures décideront de son rôle.

Prora, 1937 et aujourd'hui
Prora, 1937 et aujourd'hui

Prora, 1937 et aujourd'hui

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Rédigé par AdB

Publié dans #allemagne, #prora, #berlin

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