prora

Publié le 7 Avril 2015

Prora - Une cicatrice sur la Baltique
Prora - Une cicatrice sur la Baltique

Sur l'île de Rügen, la plus grande île d'Allemagne, à un petit peu plus de trois heures de route de la capitale, se dresse face à la mer un immense colosse de béton gris, austère et embarassant.

Long de plus de 4 kilomètres, ce complexe en partie abandonné se trouve sur la commune de Prora, dont le nom reste rattaché à un projet démesuré datant du IIIème Reich et qui évoque aujourd'hui une relique dérangeante pour la région.

Quelques années avant le début de la seconde guerre mondiale, le régime nazi conçoit le projet d'un immense complexe immobilier destiné à accueillir les vacanciers du Reich. 10 000 chambres avec vue sur mer, le tout donnant sur une immense plage de sable fin, longue de 5 kilomètres. À l’exposition universelle de Paris en 1937, l’ensemble des plans de Prora reçut le Grand Prix de l’Architecture.

La guerre éclate, le projet est momentanément abandonné. Il ne sera plus repris jusqu'à la prise de possession des lieux par l'armée rouge qui s'y installe. Vient ensuite l'armée de RDA qui y prend ses quartiers. Du nazisme au communisme, Prora n'accueillera donc jamais les vacanciers à qui le projet s'adressait initialement, destiné à satisfaire le peuple et conditionner les esprits.

En 2011 pourtant, une auberge de jeunesse, une des plus grandes d'Europe, ouvre ses portes au sein d'un des blocs restants de l'édifice entamé en 1936. L'iniative est saluée mais aussi vivement critiquée. L'idée est de ramener de la vie sur cette partie d'une côte baltique très touristique. Les opposants ne sont quant à eux pas à l'aise avec l'idée de cet héritage gênant devenant un lieu de villégiature. Le débat est donc virulent autour du réaménagement intégral ou de la démolition du complexe. Pourtant, depuis 1993, l'ensemble est classé au patrimoine allemand et ne peut donc pas être démoli.

L'impression sur place est très étrange. On ressent un vide. On arrive face à cette immense barre aux fenêtres délabrées, devant laquelle circulent gaiement vacanciers et familles à vélo. Le contraste est radical entre un bâtiment "mort" et la vie de ceux qui le traverse pour se rendre à la plage, ou font le chemin entre la gare de Prora et l'auberge de jeunesse dont la façade repeinte tranche avec le reste du lieu. On peut imaginer facilement le lieu en plein été, grouillant d'activité et empreint d'une ambiance festive. La première impression reste cependant déconcertante. La plage est magnifique mais comment ignorer cette cicatrice immense laissée sur le site ? Et si la meilleure option n'était justement pas de vivre avec cette cicatrice comme l'Allemagne le fait avec son histoire depuis 70 ans ?

Se réapproprier les endroits légués par les heures douloureuses de l'Histoire est une option à laquelle les allemands adhèrent. L'ancien aéroport de Tempelhof à Berlin, construit sous Hitler, en est un bel exemple : le lieu grouille de vie aujourd'hui, les berlinois y vont de leurs loisirs et les pelouses sont devenues un lieu privilégié pour familles et groupes d'amis les soirs d'été. La comparaison s'arrête toutefois là. Tempelhof reste lié à une partie plus "positive" de l'Histoire allemande, devenu par la suite l'aéroport américain permettant le réapprovisionnement de la partie ouest de la ville lors de sa séparation.

Prora ne jouit pas d'un quelconque aspect positif. Construit par les nazis, récupéré militairement par la RDA, il est temps aujourd'hui selon le mairie de la commune voisine de Binz, station balnéaire réputée depuis le XIXème siècle, d'y insuffler de la vie, de tourner la page et d'aménager cet héritage négatif vers un avenir positif.

Chacun se fera son propre avis et les générations futures décideront de son rôle.

Prora, 1937 et aujourd'hui
Prora, 1937 et aujourd'hui

Prora, 1937 et aujourd'hui

Voir les commentaires

Rédigé par AdB

Publié dans #allemagne, #prora, #berlin

Repost0