Vivre et travailler à Berlin - Caroline

Publié le 12 Mai 2013

Je m’appelle Caroline, j’ai 32 ans et je vis à Berlin depuis bientôt 7 ans.

Après mes études, je suis arrivée dans la capitale allemande dans le cadre d’un service volontaire européen (SVE) d’une durée d’un an qui m’a permis de travailler dans un projet social au près de personnes handicapées dans l’Est profond berlinois.

Je ne connaissais rien de l’Allemagne et encore moins de la langue. Je voulais cependant à tout prix découvrir Berlin. Je m’ennuyais à Paris et je savais qu’à Berlin il en serait tout autrement. On va dire que la chaîne de télé Arte et ses émissions thématiques m’avait déjà convaincue à ce sujet mais je voulais voir cela de mes propres yeux et me faire ma propre idée de la ville.

Ma première année, j’ai vécu à Berlin-Kaulsdorf dans l’arrondissement de Marzahn-Hellersdorf, là où très peu de nouveaux (et même d’anciens) arrivants osent s’aventurer car n’est pas particulièrement connu pour être un environnement favorable aux étrangers. Cependant je n’ai jamais ressenti une forme quelconque d’hostilité à mon encontre. J’ai été très bien accueillie par les membres et les travailleurs de l’association. Il est clair que le quartier n’est pas le plus « hype » ni même des plus accueillants d’un point de vue vie de quartier, mais il a l’avantage d’être peu cher et hormis le russe ou parfois le vietnamien on n’y parle surtout l’allemand au contraire des quartiers « trendy » berlinois. J’étais donc en quasi-totale immersion.

Dans le cadre de mon volontariat, nous étions 3 volontaires européens de pays différents et nous habitions en colocation. La langue choisie fut bien entendu l’anglais. Ce qui me permit de le perfectionner. Mais le reste du temps, je n’avais pas le choix que de parler l’allemand et donc de l’apprendre rapidement.

Ces 12 mois furent rythmés de nouvelles rencontres, de visites d’autres villes allemandes, de soirées entre volontaires européens. J’ai surtout appris qu’à Berlin on pouvait vivre avec très peu de moyen tout en menant une vie agréable. En tant que volontaire, mon loyer était financé mais je ne disposais que d’environ 175€ d’argent de poche par mois pour manger et pour mes dépenses quotidiennes. Ce qui même pour Berlin était très peu à l’époque. Mais on se débrouille. On s’arrange pour dépenser efficace et puis dans l’Est berlinois ce n’est jamais très dur. On se contentait d’une bière à 60 cts (maintenant probablement le double) et de s’asseoir dans les parcs entre amis où d’aller en open-air party gratuite pour écouter et danser sur de l’électro.

Une fois mon année de volontariat terminée, il a fallu chercher un job. J’insiste sur le mot « job », car c’était à peu près le niveau des offres d’emploi proposées. Le service emploi de l’ambassade de France était débordé et ne pouvait assurer un service de qualité tant les demandes de Français affluaient. Le bureau ne tarda pas à fermer ses portes. Je me suis donc dirigée vers une agence de travail temporaire (« Zeitarbeit Agentur »). Je trouvai au bout d’un mois un boulot en français dans un call-center à Potsdam ainsi qu’une colocation à Berlin-Friedrichshain avec deux étudiants allemands (c’était parfait, bien qu’ayant après mon volontariat pris un mois de cours intensifs d’allemand, je voulais continuer à apprendre l’allemand même de façon passive).

Travailler dans un service de centre d’appels à Potsdam, cela représentait près de 3 heures de trajet par jour dans les transports en commun, un salaire qui permettait tout juste de payer ma chambre en coloc, ma nourriture, produits d’entretien, quelques sorties dans les clubs berlinois ou les soirées dites « illégales » dans des entrepôts ainsi que les « after » au Bar25. Je n’avais pas besoin de plus ! L’époque nous permettait une certaine insouciance mais les fins de mois furent tout de même parfois difficiles et puis on se sent financièrement très vite limité et professionnellement « exploité ».

Dans les années qui suivirent j’enchaînai les boulots dans les call-centers, cette fois dans le centre de Berlin et je pris des cours d’allemand intensifs pendant plusieurs mois tout en continuant à mener une vie nocturne berlinoise enrichissante.

Puis je décidai de me remettre à la musique (j’avais fait partie d’un groupe à Paris et j’avoue que je ressentais un manque de ce côté là). À Paris je fréquentais déjà les quelques soirées Drum&Bass et électro qui existaient, mais à Berlin on était dans une autre dimension. C’était l’Electro (avec un grand « E ») dans toute sa splendeur.

Inspirée par cette scène berlinoise, c’est tout naturellement que j’ai commencé à collaborer avec des producteurs sur mon projet musical. J’enregistrai des maquettes et fis plusieurs concerts dans des bars ou petits festivals locaux.

Désormais, je termine doucement mon album - quand le temps me le permet - en parallèle de mes activités professionnelles. Entre temps je suis en effet devenue « chasseur en immobilier ». J’ai suivi une formation, couronnée de succès, dans un institut berlinois.

Je recherche donc principalement des biens immobiliers pour mes clients francophones qui n’ont pas le temps de chercher sur Berlin ou pour qui la barrière de la langue rend la recherche difficile. Petit à petit je suis aussi sollicitée par des allemands (le bouche à oreille fonctionne) car très peu d’agents immobiliers allemands, voire pas du tout, proposent un service de recherche d’appartements personnalisé. Je qualifierais le marché de « saturé » (ou du moins les services proposés aux acheteurs) : énormément de demandes et donc une grande rapidité des transactions. Ce qui veut dire qu’à Berlin, tout comme dans les autres grandes villes, afin d’être le premier sur un bien immobilier il faut être très réactif afin de multiplier ses chances d’achat. C’est en cela que j’interviens.

Beaucoup de gens (et paradoxalement parmi elles des personnes qui ne sont elles-mêmes pas originaires de Berlin), voient cela d’un mauvais œil car tiennent les nouveaux acquéreurs étrangers de biens immobiliers pour responsables de la hausses des loyers à Berlin. Hors c’est beaucoup plus complexe que cela. Mais pour schématiser, quand pour un même appartement il y’a 10 ans se présentaient 20 personnes, il s’en présente des centaines aujourd’hui. Les propriétaires effectuent donc une sélection basée sur le gain en constatant que des personnes sont prêtes à payer de plus en plus cher pour un appartement dans un quartier « trendy » et augmentent progressivement les loyers quand la législation le leur permet (rappel : à partir du 1er Mai 2013 une augmentation de loyer n’est possible que tous les 3 ans à hauteur de 15% maximum à condition de ne pas dépasser la moyenne des loyers les plus hauts dans le même quartier pour une même catégorie d’appartements).

Berlin est victime de son succès et selon moi c’est au gouvernement de trouver des solutions. Je trouve personnellement dangereux de considérer pour responsables des acquéreurs étrangers car cela mène à des dérives. Mais là il s’agit d’un autre débat.

www.caroleenn.com

www.immobilierblog-berlin.com

Vivre et travailler à Berlin - Caroline

Rédigé par AdB

Publié dans #berlin

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